Reviviscere

Dans la maison aux bruits incessants, je déambulais comme un fantôme épeuré. 
Des silhouettes inquiétantes tournoyaient autour de mon être fébrile et me glaçaient de terreur. Elles s’agitaient et gesticulaient dans un brouhaha assourdissant, à l’intérieur de cette demeure sans murs, aux portes et fenêtres grandes fermées.
Moi, je restai figée.
« Où suis-je? Il me faut… sortir d’ici. Sors… sors. Vite… plus vite! » 
Je me faufilai péniblement, le corps appesanti par la moiteur de mes pas, à travers le tournoiement des ombres égarées, et me dirigeai vers la première fenêtre au bout de mon chemin.
« J’y suis. Il me faut… l’ouvrir. Ouvre-la… ouvre! » 
Une immense vitre bleutée, sans loquet ni verrou, suspendue à mes yeux, voilà à quoi ressemblait la fenêtre par laquelle il me fallait sortir.
Quelques fractions de seconde s’écoulèrent, quand je sentis la foule derrière moi, comme un brouillard épais, qui s’étalait et m’enserrait l’âme jusqu’à l’étouffement.
« Je suffoque. Je suff… Il me faut… crier. Crie…crie. Fort… plus fort! » 
C’est alors, les poumons pleins d’effroi, que je m’étais mise à hurler.
La fenêtre tomba en mille éclats et je m’élançai enfin à travers l’immensité azur.
« Le cœur battant à la grâce des vents. 
J’expire. 
Je respire.
Je renais à la vie. » 
DjA

Peinture : Naissance cosmique de Colette Rouden

http://www.colette-rouden.fr/

 

Délires d’une plume affolée

Il fait noir pourtant je t’entends. Se peut-il que dans mon corps éteint résonne encore l’écho ton absence?

***

Et doucement, je me faufile jusqu’au creux de ta main, là où, du bout de tes doigts, tu fais chanter mon ciel…

***

Entends-tu le soleil chanter ton nom? C’est la chaleur de mes mains sur l’ombre de ton front.

***

Je chanterai le fado, je clamerai le manque de toi. Saudade mille fois je danse ton nom, mon délicieux tourment…

***

T’écrire, te décrire. M’emparer de tes doux murmures et broder autour de tes yeux mes plus beaux mots.

***

Folle avec un grain de sagesse ou sage avec un brin de folie, entre tes mains, ma tête balance!

***

J’ai brodé ton étreinte sur ma peau, un brin de soie caresse mon cœur délicat…

Je suis dentelle pour celui que j’aime.

***

J’ai le blues de tes yeux dans le revers de mes paupières, et… de cil en cil, je pense à toi.

***

Mon ciel a soif! Y a-t-il un nuage pour étancher mes pleurs…

***

Mais qu’y a-t-il de plus doux que le bruissement de la pluie sur l’eau? Le frémissement de ton souffle sur ma peau!

DjA

 

Indélébile

… Et je serai le clair-obscur dansant sous ta plume
                                                             La muse rêveuse
Cent fois abandonnée
Je te chanterai alors des délires infinis aux couleurs de mes soupirs
… Et tu seras
            Ma rime embrasée
                             Mon île
                                            Mon vers démesuré
                              Mon oasis
                                                                           Mon merveilleux poème
… Et nous serons
                           Ce rêve flottant au-dessus des étendues azur
          Deux ombres suspendues qui se diluent dans l’encre d’une étreinte
                                               Deux âmes éperdues
Quand l’une se réveille
                                                                                                               L’autre s’endort
DjA
Peinture : Eric Charbonneau

Odeur ombre

Dans le port aux parfums oubliés

Ton ombre a fait escale

Là-bas

Je me suis recueillie

Au milieu des vapeurs tremblantes

Et j’ai humé

La moindre parcelle de tes courbes diaphanes

Je me suis enivrée

Des essences fauves et musquées de ta silhouette volatile

Je me suis perdue

Dans les reflets de tes cheveux entremêlés

Et j’ai respiré

Le souffle de ton écho claquant au vent

Dans le port aux parfums perdus

Quand ton ombre appareille pour un rivage lointain

Que me reste-t-il de ton absence?

L’arrière-douceur d’une symphonie inachevée

DjA

Peinture : Roger Rode, Ombre sur le port

http://www.pont-aven.org/tabro.htm

Schizoférénésique

Mon cœur à facettes multiples
Boit l’amertume des journées calmes sans bruit
Nargue le Soleil, rit de son ardeur
Bat à reculons
Renversé
Bouleversé
Puis résigné
Tout doucement
Se meurt et ne répond plus
Alors
Quand je m’endors, soudain il se réveille
Défie la platitude des nuits creuses sans vie
Contemple la Lune, chante sa clarté
Pleure et séduit
Implore et détruit
Batifole et console
Mon cœur, mille et une graines de folie

DjA

Peinture : « Folie » par MatGui